Cauchemars d’un déporté
Exposition de Pierre Fertil
Pierre Fertil est né le 10 février 1923 à Moisdon-la-Rivière d’une famille où le père est boulanger, vit ensuite à Locronan. Pendant la guerre, lycéen à Poitiers, en classe préparatoire Normale Sup’, il fabrique des faux papiers.
Le 30 juin 1944, Il est raflé en Bretagne à Plonévez Porzay (Finistère) suite au sabotage d’un câble de la Kriegsmarine. De Quimper, un train emmène les déportés vers l’inconnu. Le 12 juillet 1944, le convoi parvient à Compiègne après 13 jours de voyage erratique à cause des voies ferrées coupées ici et là par des patriotes afin de ralentir les mouvements des forces d’occupation. Il est ensuite dirigé vers l’Allemagne. Le 31 juillet 1944, le train arrive à son terminus : Neuengamme. Pierre Fertil (Matricule 40322) est affecté au Kommando de Bremen-Blumenthal. Il travaille pour la Deschimag-Weser à la fabrication d‘éléments pour sous-marins.
En avril 45, devant l’arrivée des Alliés, le Kommando de Blumenthal est évacué en deux convois. Pierre Fertil, très affaibli, fait partie du premier convoi, celui des invalides et des «Musulmans». Le 13 avril 1945: après avoir été mitraillé par les Alliés, le convoi arrive à la gare de Bremenwörde. Les déportés exténués, doivent poursuivre le voyage à pied jusqu’à Sandbostel où se trouve un mouroir à proximité d’un camp.
Grâce à un prisonnier de guerre qui lui a prêté un uniforme, il réussit à sauver sa peau.
Le 29 avril 194, le camp est libéré par les Britanniques.
Hospitalisé à l’hôpital Bichat à Paris, il est frappé par le dévouement des médecins. Il décide d‘entamer des études de médecine. En 1952, il entre à l’hôpital de Nantes comme médecin anesthésiste dans l’équipe réputée du Dr. Cornet qui pratique des opérations à cœur ouvert.
A sa retraite, Pierre Fertil commence à peindre et à dessiner sur son expérience concentrationnaire. Il brûle tous ses dessins.
« C’est un miracle que je sois encore en vie (...). J’ai vu périr des milliers de camarades après d’atroces souffrances. Aussi je sors de là avec un optimisme que rien ne pourra ébranler » (lettre de Pierre Fertil, au moment de sa libération).
Mais oublie-t-on ? Pierre Fertil reste meurtri, silencieux et discret. « Durant des dizaines d’années, mes nuits ne furent que cauchemars » avoue-t-il. Alors, il dessine, visages sans vie, convois sans voix, trains sans fin.
Puis il détruit ses dessins jusqu’à ce jour de juin 1998 où, au retour d’un rassemblement d’anciens de Neuengamme, un autre déporté, Pierre Billaux, lui demande de les conserver comme autant de témoignages sur leur expérience des camps.
Exposition en collaboration avec l’Amicale de Neuengamme.
Exposition du 5 au 28 avril 2012